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L’allaitement, le sublime challenge

#empowerwomenthroughcreativity

Dans la maternité, il y a différents challenges que l’on trouve plus ou moins difficiles à relever. Alors que pour certaines d’entre nous, la grossesse ou encore l’accouchement représentent les plus importants, pour moi le défi numéro un a été l’allaitement.

J’ai allaité mes deux filles : Ellis pendant 5-6 mois (en vrai plutôt cinq, mais j’aime bien pousser et dire presque six), ainsi que Panda. Elle a aujourd’hui 8 mois, je la nourris au sein que le matin désormais et j’aurais probablement arrêté de l’allaiter lorsque vous lirez cet article.

J’ai un sentiment très ambivalent sur l’allaitement. J’aime ça plus que tout mais je déteste aussi ça plus que tout à certains moments. L’allaitement c’est incroyable. C’est incroyable parce que c’est quelque chose de très primaire, animal et instinctif, mais aussi parce que ça vient challenger pleins de sentiments et d’émotions, ça nous met à nu à un moment très vulnérable de notre vie.

Après avoir déjà mis son corps à contribution pendant 41 semaines pour créer ce petit bébé parfait, nous voilà confrontée à une nouvelle expérience incroyable, aussi contraignante qu’enrichissante parce qu’elle suggère une dévotion totale. L’allaitement, c’est comme avoir un deuxième job, ou plutôt c’est en plus de son job être à la tête d’une multinationale, parce que pendant cette période, il y a nous, nos hormones, notre bébé et nos seins qui sont en ébullition. Ça fait beaucoup de monde à gérer.

Il faut rappeler que nous venons de courir un marathon pour donner la vie : la fatigue, l’excitation, le stress, mais aussi toutes les hormones libérées au moment de l’accouchement peuvent créer un genre de cocktail émotionnel explosif.

Un instinct pas si instinctif

J’ai l’impression qu’on dispose de beaucoup d’informations (tout et n’importe quoi parfois !) sur l’accouchement et la grossesse, autant l’allaitement, je trouve qu’on en parle peu, qu’on en parle mal et surtout qu’on ne nous donne pas les bons tuyaux. C’est la sensation que j’ai eue en tout cas.

Pourtant, je ne me plains pas, j’ai eu deux allaitements hyper faciles, j’avais du lait pour mes deux bébés, un mari qui me supportait (dans tous les sens du terme) ... Mais ça n’enlève rien au fait que ça reste un vrai défi pour de multiples raisons.

Voici quelques-unes d’entre elles, qui me sont passées par la tête, et qui ont jalonné mon/mes allaitement de mes filles :

Déjà…

Personne ne vous prévient que votre petit « 85A » va devenir un « 110 double D » en l’espace de trois jours, que vos seins seront si gros que vous pourriez presque poser votre tête dessus, ou que plus sérieusement vous ne pourrez même plus laisser pendre vos bras le long de votre corps parce que vos seins auront (façon de parler) pris la place de vos épaules.

Personne ne vous explique vraiment quoi faire quand vos seins produisent près d’un demi-litre de lait par jour alors que votre nouveau-né en boit à peine 100 ml au sein (!!) de cette même journée.

Personne ne vous dit que chacune de ces gouttes de lait sont aussi précieuses que de l’or blanc et méritent d’être sauvées.

J’aurais aimé qu’on me donne des conseils valables. Je passe sur celui que des sages-femmes donnent qui est de presser vos seins en béton armé, sous une douche chaude pour les soulager. Pour moi, c’était comme appuyer très fort sur un hématome ou une plaie ouverte, ça n’a jamais fonctionné, ça me faisait juste terriblement mal, j’avais plutôt envie de me taper la tête contre les murs de douleur.

Pourquoi aussi nous conseille-t-on toujours cet énorme tire-lait électrique à louer à la pharmacie, qui pèse 45kg, qui finit par remplacer votre joli bouquet de fleurs sur votre table basse, et vous emprisonne chez vous en rendant la tâche aussi lourde que la machine elle-même ?

Qui vous explique que votre production de lait peut disparaître aussi rapidement qu’elle est arrivée si vous n’allaitez pas régulièrement (ou tirez votre lait) ?

Qui vous parle des engorgements et de la douleur qu’ils peuvent provoquer ?

De mon côté, personne.

On a chacune nos problèmes et nos craintes face à l’allaitement qui est une expérience évidemment très personnelle, mais il me semble qu’on a toutes une peur commune qui est de ne pas avoir assez de lait pour nourrir son enfant, non ? 

Alors voici mon histoire, non pas parce qu’elle est plus intéressante qu’une autre, mais parce que l’allaitement a pris beaucoup de temps dans mon quotidien, qu’il a suscité beaucoup de questions et m’a énormément appris sur moi en tant que mère et en tant que femme, et je souhaite tout simplement partager cela avec vous.

J’ai la chance inouïe d’avoir ma sœur jumelle Caroline (@threesevenparis), qui a allaité sa première fille Muse (6 semaines plus âgée que ma fille Ellis). Elle a allaité comme une championne pendant 9 mois.

Muse était ce genre de bébé « bonhomme Michelin », avec une peau laiteuse et pleins de petits bourrelets. Je suis encore sidérée aujourd’hui de penser que ce sont les mini seins de ma sœur qui ont, à eux seuls, fait un si gros et beau bébé.

Mais même pour Caroline, qui avait énormément de lait, ça n’a pas toujours été facile, notamment à cause de quelques engorgements à répétition qui l’ont mise KO pendant 4 jours avec 40 de fièvre.

L’engorgement peut arriver soit quand le sein est trop plein (c’est pour ça qu’il faut les vider régulièrement à l’aide d’une pompe), soit si le sein n’est pas suffisamment vidé (ça peut arriver si on allaite sur le côté par exemple). Vous voyez, c’est technique.

En cas d’engorgement, mettez de l’alcool à 90°c sur des compresses, et posez-les dans votre soutien-gorge ou bandez-vous les seins, et surtout continuez à pomper / nourrir votre enfant. C’est ce qui fonctionnait pour nous en tout cas !

Lorsque nous avons eu nos filles, nous vivions toutes les deux à New York et avions pour habitude de nous retrouver avec nos maris et bébés, chez les uns ou chez les autres. Cette période était magique et ce sont sûrement les meilleurs souvenirs de ma vie.

J’admirais avec quelle facilité ma sœur allaitait sa fille.

De mon côté, c'était un peu plus difficile car j’avais des rendez-vous à droite à gauche partout dans la ville, et malgré ma bonne volonté à mettre dans mon sac ma pompe électrique à chaque fois que je passais le seuil de ma porte, je dois bien admettre que ce n’était pas facile de trouver plusieurs fois par jour le temps pour m'arrêter 20-30 minutes pour tirer mon lait.

Très rapidement, ma production de lait a chuté, et Ellis s’est habituée au débit du biberon.

J’avais pour technique de pincer la tétine de son biberon pour ralentir le débit et prétendre que c’était comme mon sein, ça a fonctionné pendant un temps…

Au-delà de tous ces aspects techniques, l’allaitement est vraiment magique. C’est un moment extrêmement privilégié avec son bébé qu’on découvre sous un angle complètement différent et j'espère me souvenir à jamais de tous ces moments. Les voir se transformer en petit animal assoiffé, et voir leur corps qui se recroqueville de bonheur à la première goutte avalée, il n’y a rien à mes yeux de plus fort que ça.

C’est aussi très satisfaisant pour nous en tant que femme et mère. Nous sommes en charge de nourrir et donc de faire grandir notre bébé, et plus les bourrelets se forment, plus c’est une victoire ! 

J’ai mis longtemps à savoir pourquoi j’aimais et je détestais à la fois l’allaitement, et où se situait cette frontière que je trouvais floue, mais je pense avoir mis le doigt dessus.

Le « tue-l’amour » de l’allaitement c’est de pomper, voilà, la vraie contrainte elle est là ! Parce que quand on pompe, on est face à une machine et plus face aux bruits merveilleux de notre enfant, et toute la satisfaction et le lien charnel s’évaporent. C’est un peu comme un pain au chocolat sans le chocolat.

Parfois, en fin de journée, à New York, j’étais à sec de lait, épuisée d’allaiter, c’était alors ma sœur qui allaitait Ellis. C’était drôle, et assez inoubliable en fait.

Ellis semblait apprécier et ne surtout ne faire aucune différence. Et je me souviens que Caroline disait qu’Ellis tétait complètement différemment de Muse.

Une petite photo amusante d'août 2014, je venais d’accoucher d’Ellis et j’allaite Muse, la fille de ma sœur, étant bloquée dans les embouteillages.

Caroline a eu un deuxième enfant 6 mois avant moi. Elle a eu un petit garçon, Jack, et elle l’a allaité à nouveau. Lorsque je suis tombée enceinte pour la seconde fois à mon tour, je n’ai pas voulu connaître le sexe du bébé, j’avais entre temps commencé le yoga, je me doutais que mon rapport à la grossesse et à mon corps seraient différents (chaque grossesse est différente) mais ce dont j’étais certaine, c’est que malgré le challenge que cela peut représenter, j’allais allaiter cet enfant le plus longtemps possible.

Au four et au moulin !

Comment allaiter et travailler en même temps ?

Vous l’aurez compris, l’allaitement n’est pas évident d’un point de vue technique, surtout pour celles qui reprennent le boulot immédiatement comme moi. Comment s’organiser ? Je ne vais pas vous mentir, c’est sport ! Cela demande de l'organisation, du temps, bref de la motivation ! En tout cas, c’est la façon dont je l’ai vécu parce que comme je vous disais, allaiter veut dire pomper, et pomper, c’est challenging.

La bonne nouvelle (il y en a quand même !), c’est qu’en général les femmes qui allaitent vous dirons que le plus dur ce sont les six premières semaines, parce que vos seins ne savent pas trop à quelle fréquence produire, ça explose, ça coule, bref ça cherche à trouver son rythme. Avec un peu de chance, quand on retourne au bureau, c’est après cette période-là.

Pour Panda, j’ai laissé beaucoup de place et de temps dans mon quotidien à l’allaitement. C’est devenu omniprésent, mes rendez-vous, séances de yoga, tout mon emploi du temps dépendait des horaires de tétées (ou de pompe).

Cependant, je vis mon allaitement au jour le jour. Ma seule peur ? Rater une tétée qui pourrait potentiellement ralentir ma production de lait, ou pire encore, me créer un engorgement. 

Je n’ai jamais vraiment arrêté de travailler avant ou après mon accouchement. Voici comment je me suis organisée pour l’allaitement de Panda, mon deuxième bébé.

Premier mois

Panda a été nourrie les quatre premières semaines uniquement au sein, mais j’ai commencé à pomper mon lait 10 jours après sa naissance. Pour mes deux allaitements j’ai utilisé cette mini pompe ultra compact de chez AVENT.

Mon but était de créer un stock dès le début et de faire augmenter ma production de lait au maximum, je nourrissais donc Panda au sein toutes les deux heures environ, puis je tirais en plus.

Concernant le rythme de l’allaitement et des tétées, je pense que tous les enfants sont différents, donc ne pensez pas que mon agenda est valable pour tous les bébés !

A cinq semaines, j’ai décidé de passer plus de temps au bureau, et j’ai commencé à lui donner mon lait dans un biberon, afin de l’habituer à passer de l’un à l’autre rapidement.

La nuit Panda tétait plusieurs fois : 23h, 2h, 4h, 6h. Je lui donnais le sein mais ne pompais pas la nuit.

Trois conseils que j’ai appliqué qui peuvent vous aider :

  • Pour tenir le coup, dormez pendant que votre bébé dort, souvent je me couchais donc à 20 heures, sachant qu’elle allait se réveiller vers 23 heures. Mon mari gérait le coucher de ma grande, Ellis. Comme je vous ai dit, c’est important que votre amoureux participe et vous aide.
  • Si vous souhaitez que votre bébé fasse ses nuits rapidement, ne dormez jamais avec eux dans votre lit. Une fois que le bébé a tété, remettez le dans son lit (qui peut être dans votre chambre évidemment).
  • Même chose, on laisse le bébé téter le temps qu’il faut, mais quand il a fini, on l’enlève du sein et on se rhabille, on ne le garde pas accroché au sein en porte-clé, il faut rapidement lui apprendre que notre téton n’est pas une tétine, vos seins vous remercierons.

Deuxième mois

Panda a fait ses nuits à partir de 5-6 semaines, c’est à dire 22h- 5h30 (chez moi c’est une nuit, on est couche-tôt et on se lève tôt).

Comment ? Je ne sais pas.

Je pense que les trois tips énoncés au-dessus ont fonctionné.

Dès qu’elle a eu un mois, je suis retournée au bureau environ 4 heures / jour, le reste du temps je travaillais de chez moi.

Avoir du lait dans mon congélateur me donnait cette liberté et l’impression de retrouver un peu ma vie.

Au bureau, je procédais de la même manière. Je pompais plusieurs fois par jour, je mettais un réveil aux heures auxquelles je devais nourrir Panda (à peu près toutes les deux heures). Direction le frigo et je repartais à la maison le soir avec mes sachets de lait prêts à être congelé.

Très rapidement les deux étages de mon congélateur ont été remplis de pleins de petits sachets de lait.

Quant à savoir combien je pompais, ça dépendait. Comme je disais plus haut, je ne me suis jamais stressée par rapport à ça. Parfois ça m’était insupportable, je pompais seulement 40 ml, parfois 150 ml, je faisais ce que je pouvais.

Nous sommes une équipe de cinq filles chez Heimstone et travaillons toutes dans le même espace. J’ai tout de suite mis tout le monde très à l’aise en leur précisant que j’allais allaiter donc pomper pendant quelques mois, et que je le ferais à mon bureau devant mon ordinateur, donc devant elles. Pomper est contraignant à plusieurs égards alors je crois que c’est important de pouvoir le faire là où vous vous sentez à l’aise.

A partir de sept semaines, j’ai senti une réelle différence. Ma production de lait s’était stabilisée, mes seins étaient moins douloureux, Panda se nourrissait à des heures plus régulières.

Parfois, elle se réveillait la nuit, évidemment je la nourrissais si elle avait besoin, mais je veillais, avant de la prendre, qu’elle ne s’était pas réveillée pour une autre raison.

A huit semaines, Panda ne dormait plus avec nous mais dans la même chambre que sa sœur. Je redoutais qu’elle ne réveille Ellis, mais ma sœur Caroline m’a rassurée en me disant que d’une part, une petite fille de 3 ans et demi qui va tous les jours à l’école ne se réveillerait pas si facilement que ça, et que d’autre part, j’allais moi aussi mieux dormir, puisque Panda n’étant plus dans ma chambre, je ne me réveillerais plus pour le moindre petit gazouillis.

La première semaine, je retrouvais Ellis dans le lit de Panda à chaque fois que j’allais la voir. 

Troisième mois

Panda était toujours nourrie à 100% avec mon lait, soit au biberon, soit au sein.

Aucun problème à signaler, à part cette angoisse permanente de ne pas avoir suffisamment de lait…. Heureusement, une de mes amies (@audrey5octobre), m’a conseillé de prendre plusieurs fois par jours des gélules de Fénugrec (100% naturel, disponible en pharmacie). Ça a produit des miracles au niveau de la lactation.

J’ai pris ces gélules jusqu'à 7 mois et quelques d’allaitement.

Quatrième et cinquième mois

Dès le début du 4e mois j’ai commencé à donner à Panda un biberon par jour de lait en poudre pour que petit à petit elle s’habitue. Je me disais que j’allais bientôt arrêter d’allaiter « officiellement » (sans compter toutes les fois où j’ai dit à Onur que j'arrêtais la semaine prochaine !). Elle l’a très bien accepté, et de mon côté je continuais à tirer mon lait toutes les 3 heures même lorsque que je ne passais pas mes journées avec Panda, ce que je ne pouvais plus faire quand j’étais avec elle, parce que mon petit ogre me vidait désormais les deux seins à chaque tétée.

C’est pendant ces deux mois que j’ai le plus utilisé voire vidé mon stock de lait congelé. Panda a eu besoin de manger plus (normal) et ma production de lait a elle aussi commencé à chuter légèrement car parfois, j’admets, je suis un peu flemmarde quand je pompe. J’essaie vraiment de pas me stresser…

Vers 5 mois et demi, Panda a commencé à manger des purées le midi que je lui prépare en grande quantité en une fois, puis que je congèle (comme mon lait finalement).

Comme ces purées ont fait sauter le biberon de lait en poudre du midi, je suis repassée à l’allaitement le reste du temps et surtout au 100% lait maternel.

Je me suis retrouvée à la tête d’une logistique de fabrique de lait ! Ce que je pompais en deux voire trois fois pendant la journée au bureau, elle le buvait en un biberon le soir. J’avais donc du mal à créer un stock.

L’allaitement ne m’a jamais empêchée de faire ma vie dans le sens où à cette période, je suis partie en retraite de yoga pendant trois jours, sans Panda évidemment.

Comment ? J’ai tout simplement pompé mon lait sur place, si Panda tétait 6 fois/ jour à ce moment-là, j’ai pompé 6 fois par jour et congelé dans le congélateur de l'hôtel. Pendant mon absence, Panda est restée avec son père qui l’a nourrie à 100% au lait en poudre.

Est-ce que ça m’a dérangé ? Pas vraiment, et je n’ai pas l’impression que ça l’ait dérangée non plus. Je me répète, mais l’allaitement c’est contraignant, surtout pour nous, donc autant essayer de se faire plaisir et de vivre cette expérience du mieux qu’on peut, avec le plus de souplesse possible. J’avais besoin de ce moment pour moi, je me le suis accordé.

J’avais seulement peur qu’elle ne veuille plus prendre le sein, mais elle s’est jetée dessus à mon retour !

Sixième mois

J’étais censée arrêter d’allaiter fin juillet car nous partions en croisière avec mon mari et des amis en Turquie pendant que nos filles restaient avec leurs grands-parents paternels. A ce moment-là, j’avais encore plein de lait, Panda passait hyper facilement du biberon au sein, et j’ai trouvé que c’était dommage d'arrêter en si bonne voie.

Mon mari, hyper concerné, m’a demandé pourquoi je ne pompais pas pendant nos 10 jours de croisière ? Au début j’ai dit non, ça me semblait impossible. Puis, j’ai essayé de changer mon état d’esprit, de prendre ça comme un challenge, un jeu et voir si c’était possible.

Et je l’ai fait, j’ai pompé 4 fois/ jour pendant 10 jours sur le bateau, et honnêtement ce n’était pas si difficile que ça. Enfin, c’est un investissement personnel, encore une fois, mais je pense que je m'étais bien préparée psychologiquement, j’avais décidé de le faire, donc mon corps et ma tête, à nouveau, ne faisaient qu’un.

Ce qui est amusant c’est que je me suis rendue compte que c’est difficile de « tromper » son corps.

Sur le bateau, je n’avais pas de bruits ou de pleurs de bébés autour de moi, pas les petites mains moites de Panda qui s'appuient sur mes seins. Mon corps le savait et ça lui manquait. Onur a appelé sa maman qui gardait nos filles, pour lui demander de m’envoyer des vidéos de Panda qui pleure afin de stimuler ma lactation.

10 minutes avant de pomper je m’enfermais au calme sur le bateau, je regardais et j’écoutais cette vidéo pour stimuler mon lait. Ce n’était pas facile, personne n’aime entendre son bébé pleurer. Par contre le résultat était INCROYABLE, je pompais 30% de plus à chaque fois !

Je donnais mes sachets de lait au fur et à mesure au cuisinier du bateau qui malgré ses larges mains, tenait mes sachets de lait comme une pierre précieuse. Onur venait me voir régulièrement pour me tenir compagnie, et ma sœur Caroline en profitait pour me faire des coiffures.

J’avais donc pompé près de 40 sachets soit un peu plus de 3 litres de lait.

A la sortie du bateau, il faisait 40 degrés, Onur est allé déposer notre trésor dans le congélateur d’un de ses amis à Bodrum, dans lequel nous avions déjà quelques autres sachets qui nous attendaient d’avant la croisière.

Puis nous avons acheté une glacière, des glaçons et avons parcouru en voiture les 500 kilomètres qui nous séparaient de nos filles.

Panda a été nourrie pendant une semaine à nouveau à 100% avec mon lait.

Septième mois

Je ne supportais plus de pomper mon lait. J’ai décidé d'arrêter de pomper et de nourrir Panda au sein seulement le matin et le soir.

Ma production de lait a donc beaucoup chuté, et je me suis dit que j’avais bien le droit à un peu de répit.

Le soir, Panda grognait un peu car mon débit de lait était trop lent pour elle, et l’allaitement du soir a pu se transformer plusieurs fois en moment stressant.

J’ai donc décidé de ne l’allaiter que le matin et à la suite de ça, j’ai passé deux ou trois nuits à mal dormir, en me réveillant stressée sans savoir pourquoi. Puis j’ai fini par comprendre que c’était parce qu’en fait je n’étais pas prête à arrêter d’allaiter. Mon corps en avait marre de pomper, mais pas d’allaiter.

J’ai fait marche arrière : gélules de Fénugrec et pompe deux fois / jour en plus de l’allaitement du matin.

Huitième mois

Panda a eu 8 mois le 25 septembre, j’ai à nouveau abandonné ma pompe, quelque chose me dit que la fin de mon allaitement est proche.

Panda s’accroche encore à mon sein le matin, sauf ce matin. Affaire à suivre.

Les clés du (milk) bar

Après l’allaitement de mes deux enfants, ainsi que les deux de ma sœur jumelle, j’ai la sensation d’avoir tâtonné (énormément), observé (beaucoup) mais d’avoir eu une expérience qui a eu le mérite de fonctionner. Je me suis dit que j’avais le droit de vous donner ma version de la recette, ce que je pense en tout cas être la clé du succès : stimuler votre lait au maximum, et le plus tôt possible, vos seins sont en mode usine de production et vous ne voulez pas briser la chaîne. Pompez et congelez.

Pourquoi ? Figurez-vous qu’il n’y a QUE des bonnes raisons :

  • Cela vous permet de soulager la douleur pendant que votre nouveau-né décide de dormir 4 heures d’affilée.
  • Cela permet aussi de retrouver un semblant de liberté précoce afin d’apprécier enfin un verre de vin avec votre chéri et de retrouver un petit peu votre vie de femme, TRÈS important (nous en parlerons plus bas).
  • Cela vous évite aussi l’arrêt cardiaque dans votre ascenseur quand votre mari vous envoie un texto pour vous dire que votre bébé est affamé et hurle depuis 10 minutes.
  • Enfin si vous décidez d'arrêter d’allaiter au bout de x temps, vous aurez peut-être réussi à produire suffisamment de lait pour allaiter votre bébé quelques semaines de plus !

Mon autre secret et conseil que je pourrais donner, qui est tout aussi important, c’est de prendre le sujet, autant que vous le pouvez avec humour et légèreté. Au final, nous faisons ce que nous pouvons et je crois que cela ne sert à rien de se mettre la pression. Le stress ne fera que dégrader notre production de lait. Pensez aux fermiers de la pub Milka qui massent leurs vaches pour s’assurer qu’elles donneront un bon lait (donc mettez votre mari au boulot) !

Blague à part, c’est aussi important d’essayer d’investir votre partenaire dans l’allaitement et de ne surtout pas dresser un mur entre vous et lui sous prétexte que c’est nous qui allaitons.

Pas toujours facile je sais, mais je dois dire que mon mari Onur a été mon plus grand soutien tout au long de mes allaitements.

Je lui ai toujours parlé de l’évolution et montré la transformation de mon corps pendant la grossesse. J’ai fait la même chose pendant l’allaitement, je lui expliquais ce que je ressentais, mes craintes, ma peur de pas avoir assez de lait, je lui demande tout le temps de regarder la tête de Panda qui s’agrippe à mon sein, parce que je veux que lui aussi se souvienne de ça.

Pour Panda, en huit mois d’allaitement j’ai dû dire à Onur à peu près 10 fois que je pensais arrêter d’allaiter « très prochainement ». La première fois, c’était au bout de seulement 5 semaines. Ce qui m’a fait tenir, c’est son soutien inconditionnel. Il sait que c’est difficile, il se rend compte du sacrifice que cela représente, mais il apprécie tellement que je le fasse pour le bien de notre enfant que ça m’encourage à continuer. Et finalement, c’est ça qui nous motive, le bien-être de notre enfant.

Pour être tout à fait honnête, je ne sais pas si allaiter huit mois c’est mieux que seulement trois mois, mais je crois assez fermement en l’idée que ce que notre corps crée est plus fort que tout. Alors j’aime penser que oui, huit c’est peut-être mieux que trois.

« Onur, les filles et Elliot », août 2014 à l’heure de la sieste.

L’alcool et l’allaitement

C’est le genre de sujet avec lesquels il ne faut pas rigoler mais aussi avec lesquels il ne faut pas se prendre la tête non plus. J’ai décidé de faire simple et d’avoir une seule règle pendant tout l’allaitement :

Avant un dîner ou un apéro, j’allaite puis/et je tire mon lait un maximum que je congèle.

Quand je rentre de mon dîner/apéro, je tire mon lait, et je jette.

On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Si par hasard Panda se réveille en pleine nuit, je ne prends pas de risque non plus, je décongèle un sachet de mon lait que je lui mets dans un biberon. Vous voyez c’est génial et 0 stress.

Oubliez le chauffe biberon inutile, prenez un bol, versez-y de l’eau bouillante et déposez le sachet de lait dedans, au moins, votre cuisine ne ressemble pas à une nurserie.

Lorsque Panda se réveille le matin, je l’allaite normalement.

Nos seins après l’allaitement

Encore une fois, on est pas toutes faites pareil donc je ne parlerais que de ce que je connais.

Si je peux vous donner un conseil, continuer à vous enduire d’huile anti-vergetures pendant toute la période de l’allaitement. Faites tout ce que vous pouvez pour sauver vos seins !

Je vais vous dire ce que je pense en VRAI : je ne pense pas que l’allaitement seul affecte vraiment les seins.

Ce qui détruit nos jolis petits seins tout ronds c’est de pomper, là-dessus je n’ai aucun doute.

Après 14 mois d’allaitement et de tire-lait (Ellis puis Panda), je vous avoue avoir envie de me racheter une paire de seins. Mais finalement, est ce qu’il vaut mieux des beaux bébés bien nourris ou une belle paire de seins ?


11 commentaires


  • Encore un bel article positif, décomplexé, beau et réaliste, tout en étant rassurant sur un tas de choses : on fait ce qu’on peut, on est femme autant que mère (bon, je suis juste femme pour le moment mais tu vois ce que je veux dire ^^) et il ne faut pas se prendre la tête inutilement.
    Bref, un bel article ♥

    Manon

    Manon le

  • Merci pour cet article ! Quel tire-lait et biberon avez-vous utilisé? Quelle huile anti-vergeture conseillez-vous?

    Noémie le

  • Merci pour cet article qui met en lumière toute l’ambivalence de l’allaitement: on adore et on déteste en même temps! J’allaite ma fille depuis 4 mois uniquement au sein car impossible de lui faire prendre mon lait dans un biberon. Autant dire que je suis en plein dans ce sublime challenge qu’est l’allaitement!! tout conseil pour introduire le biberon est donc le bienvenu, et je suis également preneuse de la marque et modèle du tire-lait que tu utilisais, car j’ai moi aussi la machine de guerre de 45kg louée en pharmacie et c’est l’enfer!!

    Camille le

  • J’adoooooore votre article. Bebe numero 3 est né fin mars et je l’allaite encore matin et soir donc croyez moi je me suis bien reconnu en vous (excepté la croisière lol !). Notre lait c’est de l’or et on ne le sait pas assez. Mes deux premiers enfants sont des jumeaux nés trop tot (31 semaines) et ils ont été nourris par des dons de lait…donc si nos hôpitaux nourrissent les prémas avec des dons de lait c’est bien qu’aucun lait artificiel ne remplacera notre lait.
    Attention je ne jette pas la pierre à celles qui ne souhaitent pas allaiter c’est un choix personnel. En tout cas pour celles qui allaitent et qui ont trop de lait n’hésitez pas à l’offrir au lactarium.
    Sinon à Quand l’atelier culinaire avec élève ?!?
    Très bonne continuation
    Severine

    Séverine le

  • Wow, rafraîchissant de lire un article comme celui-ci, décomplexé et open, tout ce qu’il manque souvent au débat noir et blanc sur l’allaitement (ou pas) en France!!
    Pour le tirage de lait, je pense qu’il y a un côté très anglo-saxon à devoir tirer tout le temps coûte que coûte auquel on est moins habitué en France. A moins de pas assez de lait ou de reprise du travail, on ne fait pas vraiment de stock comme ça. Et c’est dommage parce que c’est vrai que c’est bien pratique finalement ! Ça peut sauver un allaitement, notre liberté, etc.
    Ici 3 allaitements longs dont le dernier (16 mois) toujours en cours. Matin et soir en semaine, à la demande le week-end. Bib du congel si je rentre trop tard ou si je sors. Mais les réserves s’amenuisent et mon fils ne supportent pas bien les produits laitiers, donc un peu dépendant de mon lait pour l’instant.
    Sinon c’est dingue à quel point ça fait plaisir de voir ce que vous avez pu faire l’une pour l’autre ta sœur et toi. Pas connu cette proximité avec personne et c’est dommage, j’aurais adoré pouvoir offrir ça à quelqu’un!
    Bon courage pour la fin de cet allaitement, toujours une page qui se tourne ! Nos bébés en grandissent d’un coup et j’ai toujours un pincement au cœur quand ils deviennent indépendants de mes nichons!

    Izz le


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